Il est de ces terres qui ont des secrets que nous ne connaissons que par la voix d’une grand-mère,une photo jaunie trouvée dans un carton d’une enfant à l’air malicieux, un poème écrit à la plume d’oie sur une feuille racornie d’un vieux cahier d’écolier.
Il y a ce village où je venais passer des vacances, il y a très longtemps.
Il y a cette silhouette d’un clocher qui m’a marqué, la fraicheur et la profondeur d’une fontaine où je me penchais dès que j’échappais à l’attention de mes parents.
Il y a ces terres blanches parsemées de cerisiers moribonds où je m’éraflais les genoux pour attraper les burlats les plus hauts.
Un géant et une madone des anges qui me surveillaient de leur hauteur.
Il y a ces vieilles pierres , cette odeur de salpêtre, cette énorme porte en bois qui ne s’ouvrait qu’après s’être pendu fortement sur la clenche.
Il y avait Anièce et son chat :ses sirops servis sur la nappe cirée, la porte grillagée contre les mouches qui tapait à chaque fois qu’on la lâchait.
Léonce et sa bonne odeur de sciure fraiche, le béret de côté ; sa cave à vinaigre :un trou noir dans la rue , hantée de moisissure et de toiles d’araignées.
Le « comte » et son énorme bague qui me faisait visiter les restes ruinés d’ascendants prestigieux.
Le « marseillais » en marcel une pelle à la main , du plâtre sur la joue, un sourire accroché au bord des lèvres.
Et la rue : pavée de galets glissants comme un toboggan qui permettait d’aller plus vite se coller à la seule vitrine qui en valait la peine pour un enfant : le bazar du village ;amoncellement hétéroclites d’ustensiles de cuisine , nappes cirées, jouets et aliments.
Il y avait la copine qui juste après la pluie m’amenait à la chasse aux escargots avec comme tout panier : un sac en papier !
Il y avait cette cour entourée de murs si hauts qu’on ne voyait qu’un petit coin de ciel bleu dans une pénombre rafraichissante.
une deuxième cour envahie d’herbes folles .
Comment se fait il que je me souvienne autant d’images et d’odeurs...il y a si longtemps !
Je me croyais étrangère à cette terre , seulement raccrochée encore par sa voix rauque qui en parlait avec nostalgie : tablier d’école , encre sur les doigts, ancêtres et cousinade multiple.
J’y suis revenue ,avec à chaque fois un pincement plus grand.
Le dernier a été fatal…j’y ai laissé mon ultime lien…là dans cette terre blanche à l’odeur de cerise.
"Aéria la suite"
elie et eiffel habitent là!
"aux pieds de ces dames nagent des poissons rouges!"
"ovum lunae": le village aux sorciers
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